La CINETIQUE de l’affaire AZF.

Le minéral nitrate d’ammonium provient d’une réaction entre ammoniac et acide nitrique (deux composants liquides) dans une tour haute, dite de prilling. Cette réaction se produit à chaud entre  170 et 190 °. Le minéral, appelé prill solidifié en « neige » au bas de la tour, est ensuite classé selon sa granulométrie, dans un cylindre tournant, percé de trous  appelé trommel. Les agrégats bien formés, sont le  produit noble mis en sac pour commercialisation entre NAA enrobés (agriculture) et NAI poreux (industriel, explosif.). Les poussières sont récupérées comme sous-produit d’engrais, en vrac.

 Suivons ce sous-produit. Il est repris par un godet d’engin, le chouleur, qui le dépose dans le sas du grand hangar 221 pour le laisser refroidir. Il le reprendra au godet dans le sas, pour le placer sur le stock qui n’est pas gerbé (angle de talutage 0) ; Pour ces opérations répétitives, de refroidissement et de manutention, les portes du hangar 221 restent constamment  ouvertes. C’est un travail de routine, répétitif, en œuvre depuis longtemps.

Ce minéral tel quel, qualifié le refus, sera vendu comme composant d’engrais à une Société amie qui gère implicitement ce stock. Il était un peu trop important, ce qui n’est pas de la responsabilité de l’usine. On ne jette pas, on utilise.

Le 21 Septembre 2001, un où des membres du personnel savent, par leur expérience probablement africaine, que le minéral tout venant du hangar 221 peut facilement être allumé. Il suffit d’ajouter un carburant, et d’y placer un bâtonnet d’explosif brisant de chantier.  Ce qui sera préparé, et correspond à l’état d’esprit sacrificiel en cours. L’unité probable est le jerrycan de gas-oil de 20 litres, provenant d’une station-service, et amené à pied d’œuvre par un véhicule ami, ou pris sur un des nombreux camions d’usine, ce qui est trop visible, on ne saura jamais. La densité du nitrate-fuel avoisinant 1, c’est 20/6x100=300 litres de nitrate-fuel qui vont détoner à la première explosion. Ce seront donc 300m3 de gaz projetés à 3.500/4.000 m/s dans le vrac de stockage de minéral inerte du 221.

Le carburant a été versé sur le tas, ce qui demande deux minutes. La cartouche d’explosif préparée et cachée au corps est plantée, et la mèche lente est allumée au briquet .Soyons généreux : cette mèche a 1m de long, elle mettra 100 secondes avant d’atteindre le détonateur placé dans le bâtonnet  d’explosif. Ce malfaisant vengeur aura le temps de fuir. Il marchera posément dans la cour de l’usine, vers la porte d’entrée des camions, dans l’affolement prévisible, et partira dans son véhicule laissé sur un parking extérieur. Il n’en a pas le temps, et sera cueilli par la seconde explosion, après avoir parcouru quelques dizaines de mètres sur ce glacis, et renvoyé comme un pantin vers le stock, et le cratère qui se  forme en même temps et déplace, vers l’épicentre, les convoyeurs marchants et autres matériels. Les angéliques ne  sont pas surpris : il aurait été lavé par ses coreligionnaires et l’origine de l’explosion vient d’ ailleurs..

Nous avons souvent soulevé les causes de la deuxième explosion. La détonation des 300 Kg de nitrate-fuel provoque, sous une force bien supérieure aux 50 bar requis, selon les chimistes, la dissociation des composants : ammoniac et acide nitrique, et les projeté en nuage. L’ammoniac est faiblement explosif, l’acide nitrique est un accélérateur. Normalement dans le charbon, c’est un feu où le grisou (méthane) qui déclenche le coup de poussier dévastateur. Dans les silos à céréales, c’est aussi le chalumeau de l’ouvrier qui déclenche le coup de poussier dévastateur. Dans la détonation d’AZF, ce peut-être aussi une flamme de court-circuit, mais il n’est pas certain qu’elle ait été nécessaire. Ce nuage, saturé d’oxydation peut être conducteur, chargé d’électricité positive, d’où la polarisation, et la formation d’éclairs de mise à la masse terrestre. La détonation a pu s’allumer  « spontanément » dans cette friction chimique et électromagnétique..

Le stock de refus du 221  étant très étalé, n’a  évidemment pas entièrement explosé, comme l’affirment les angéliques. Il a 85m de long utiles. Un engrais non shoké reste un engrais ; tous les paysans vous le diront. Par l’importance de la deuxième détonation, énorme mais relativement,, Henri Brilet estime que 30/40 m3, soit le 1/10 du stock a formé le nuage explosif. La masse explosive atteint 40. x 1000= 40.000m3 de gaz projetés à environ 12 fois la vitesse du son. Cette valeur fut reconnue sur d’autres explosions similaires. Elle permit à certains de ressentir la vibration au sol, de plonger sous leur bureau où un abri. Les traumatismes sous une détonation à12 fois la vitesse du son sont très nombreux.

L’auteur applique ses larges connaissances techniques. Sur le plan humain, il fut, adolescent, lancé dans la guerre. C’est un des plus jeunes décorés de France.  Son action est civique.